Il faut, dans un premier temps, restaurer la place du professeur et sa légitimité, en le rémunérant mieux, en renforçant sa formation et en lui garantissant le soutien et la protection de sa hiérarchie.
Il faut également préserver l’espace laïc de l’école, afin qu’elle demeure un lieu neutre, à l’abri des tensions religieuses et politiques, où chaque élève puisse apprendre à penser librement, à s’exprimer et à vivre avec les autres.
En revanche, je suis plus réservé sur l’idée d’une interdiction totale et absolue des téléphones portables.
Je suis naturellement favorable à un encadrement strict de leur utilisation, avec des règles claires et des restrictions adaptées à l’âge des élèves. Cependant, notamment dans les classes les plus avancées, je préférerais une politique éducative qui privilégie l’apprentissage d’un usage raisonné et responsable des outils numériques.
L’objectif de l’école ne doit pas seulement être d’interdire les mauvais comportements, mais aussi d’apprendre aux élèves à adopter les bons.
Une interdiction générale peut supprimer un problème dans l’enceinte de l’établissement sans nécessairement le résoudre sur le fond. Les élèves retrouveront ces outils en dehors de l’école, puis dans leur vie d’adulte, sans avoir forcément appris à les utiliser correctement.
Par ailleurs, le véritable problème du téléphone portable me semble aussi résider dans notre dépendance à des plateformes numériques étrangères, dont nous ne maîtrisons ni les règles de fonctionnement, ni les algorithmes, ni les choix de modération.
Pourquoi ne pas prendre le problème à l’envers ? Plutôt que de chercher uniquement à éloigner les jeunes des réseaux sociaux, pourquoi ne pas envisager la création d’une véritable plateforme sociale éducative, française ou européenne, placée sous un contrôle public, indépendante des intérêts commerciaux et adaptée aux différentes tranches d’âge ?
Une plateforme qui conserverait le meilleur des réseaux sociaux : les échanges, la créativité, le partage de connaissances, la découverte et l’apprentissage de la vie collective, tout en limitant leurs dérives : cyberharcèlement, contenus inadaptés, captation excessive de l’attention ou exploitation commerciale des données personnelles.
Il ne s’agirait évidemment pas de créer un outil de surveillance des jeunes par l’État. Au contraire, cette plateforme devrait garantir leur vie privée, leur liberté d’expression et leur sécurité, avec une gouvernance transparente et un contrôle indépendant.
Elle pourrait également constituer un véritable support pédagogique, permettant aux enseignants d’accompagner progressivement les élèves dans leur apprentissage de la citoyenneté numérique, plutôt que de les laisser découvrir seuls ces environnements.
Et je ne pense pas qu’un tel projet soit utopique, ni qu’il doive nécessairement devenir une gabegie financière. À condition, bien entendu, de ne pas le laisser s’enliser dans les lourdeurs administratives habituelles. Avec un cahier des charges clair, une équipe technique compétente, une gouvernance légère, un développement progressif et une véritable évaluation des résultats, il serait possible d’en maîtriser les coûts et les ambitions. L’État n’a d’ailleurs pas nécessairement vocation à tout développer lui-même : son rôle pourrait être de fixer les exigences, d’en garantir le respect et d’en assurer le financement et le contrôle.
Je défends donc une politique qui vise à former des citoyens autonomes, responsables et capables de discernement. Cela suppose de fixer des limites, de les faire respecter, mais aussi d’expliquer leur raison d’être et d’accompagner progressivement les élèves vers davantage d’autonomie.
Pour moi, l’autorité éducative ne doit pas seulement obtenir l’obéissance à une règle : elle doit aussi permettre à l’élève d’en comprendre le sens et, à terme, de savoir se comporter de manière responsable sans avoir besoin d’une interdiction permanente.
L’école doit préparer les jeunes au monde dans lequel ils vivront, et non simplement les en protéger temporairement.