Il est devenu difficile de se loger décemment sans devoir payer un prix exorbitant. Les prêts pour l’achat sont à des taux excessifs. Les locations ont doublé dans certaines villes en moins de 10 ans.
Les constructions neuves sont, il faut le dire, hideuses et sont déjà dysfonctionnelles notamment dans l’isolation thermique.
Le vieux du parc immobilier est à rénover ou à raser, tout simplement.
Nous manquons tellement de logements corrects en France que nous préservons les logements en E et plus bas dans le DPE.
DPE qui rehausse très largement les logements pour une préservation du nombre de logements disponibles dans nos villes.
Il est temps d’user de nos techniques et technologies pour construire et rénover correctement.
Cahier de doléances · Logement
Problème n° 6610
1 solution proposée
Et si nous avions oublié ce que l’architecture sait faire.
Nous pourrions écrire un nouvel article sur la chaleur, les records de température ou
les conséquences du changement climatique. D’autres le font très bien. Ce n’est pourtant pas
le sujet qui me préoccupe le plus. J’ai le sentiment que nous sommes à un moment où il devient
possible de regarder autrement notre manière de construire et d’habiter. Non pour opposer les
époques ou les techniques, mais pour retrouver une forme de discernement.
Ces derniers mois, beaucoup d’entre nous ont cherché un peu de fraîcheur. Nous avons fermé
les volets dès le matin, ouvert les fenêtres au milieu de la nuit, déplacé nos activités, parfois
même renoncé à utiliser une terrasse, une cour d’école, une place publique ou simplement
une pièce de notre maison.
Ces gestes du quotidien racontent une réalité nouvelle. Ils nous rappellent que la majorité des
bâtiments, des espaces publics sont directement confrontés à des conditions pour lesquelles
ils n’ont pas été conçus en leur temps. Lorsqu’un lieu devient difficile à vivre, ce n’est pas
seulement une question de température. C’est une partie des usages que nous lui avions
confiés qui disparaît progressivement. Une terrasse n’accueille plus les repas d’été. Une cour
d’école se vide. Une place publique cesse d’être un lieu de rencontre. Peu à peu, nous
renonçons à ce que ces lieux nous promettaient.
Face à ces situations, notre premier réflexe consiste souvent à ajouter de la technique. Une
climatisation lorsqu’il fait trop chaud. Un chauffage supplémentaire lorsqu’il fait trop froid. Un
éclairage lorsque la lumière manque. Ces équipements sont précieux et continueront à l’être.
Ils répondent à des besoins réels et permettent bien souvent d’améliorer le confort.
Mais une question mérite d’être posée. Avant d’ajouter une nouvelle réponse technique, avons-nous pleinement utilisé ce que l’architecture peut déjà offrir ?
Depuis toujours, elle dispose d’outils d’une remarquable simplicité : orienter un bâtiment,
protéger une façade du soleil d’été, accueillir le soleil d’hiver, favoriser la ventilation naturelle,
créer de l’ombre, utiliser les arbres comme des alliés, choisir des matériaux adaptés, imaginer
des espaces capables d’évoluer avec leurs usages.
Ces réponses ne relèvent ni de la nostalgie, ni du renoncement au progrès. Elles rappellent
simplement que le confort commence bien avant les équipements. Il commence avec le projet.
Cette réflexion ne concerne pas uniquement les bâtiments neufs. Elle s’applique tout autant
au patrimoine que nous habitons déjà. Nous n’allons pas reconstruire nos villes. En revanche,
nous pouvons transformer progressivement ce qui existe.
J’ai parfois le sentiment que nous avons laissé croire que le confort dépendait principalement
des équipements. Comme si le bien-être d’un lieu se résumait à la performance de ses
machines. Je crois exactement l’inverse. Les équipements accompagnent un bâtiment. Ils ne
remplacent jamais son intelligence. Une fenêtre bien orientée, un arbre judicieusement planté,
une cour qui retrouve son ombre, une galerie qui protège du soleil ou de la pluie continueront
à produire leurs effets dans vingt, trente ou cinquante ans. Ils n’ont pas besoin de mise à jour.
Les meilleures réponses ne sont pas toujours les plus complexes. Elles commencent souvent
par une observation attentive de ce qui est déjà là.
L’espace public joue ici un rôle essentiel. Le confort d’un bâtiment ne s’arrête pas à son seuil.
Il se prolonge dans les cheminements, les places, les jardins, les cours d’école, tous ces
espaces de transition qui accompagnent notre quotidien. Un arbre, une pergola, une galerie,
une fontaine, un revêtement plus adapté ou une végétation retrouvée peuvent transformer
durablement notre manière de vivre la ville. Ces aménagements protègent, rafraîchissent,
favorisent les rencontres et redonnent envie de rester. Dans bien des projets que nous
accompagnons, quelques interventions simples — retrouver une ventilation traversante,
protéger une façade, végétaliser une cour ou créer un ombrage — modifient profondément le
confort d’usage sans transformer radicalement le bâtiment.
Chaque époque construit avec les connaissances dont elle dispose. Elle invente de nouvelles
techniques, développe de nouveaux matériaux et améliore sans cesse ses performances.
Mais elle laisse parfois de côté des savoir-faire qui avaient démontré leur efficacité. Notre
responsabilité est d’enrichir les connaissances d’aujourd’hui par l’intelligence de celles qui
nous ont précédés. Ainsi, construire est toujours un engagement sur plusieurs générations.
Les choix que nous faisons aujourd’hui détermineront la manière dont nos enfants habiteront
demain. L’enjeu n’est donc pas seulement de répondre aux exigences du moment. Il est de
créer des lieux capables de conserver, malgré les évolutions à venir, la promesse pour laquelle
ils ont été imaginés : offrir un cadre de vie confortable, protecteur et désirable.
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