Vous avez raison sur le constat, et vous avez raison sur la nuance. Un parent a le droit d'être en désaccord avec un enseignant. Il n'a pas le droit de l'insulter, de le menacer ou de faire pression sur lui pour obtenir gain de cause.
La loi n'ignore pas ces situations. Depuis 2021, entraver de manière concertée et par des menaces l'exercice de la fonction d'enseignant est un délit, puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. Tout agent public menacé ou agressé peut obtenir la protection fonctionnelle de son administration : prise en charge d'un avocat, accompagnement pour porter plainte, suivi par le rectorat. Mais il faut la demander, puis attendre qu'elle soit accordée. En 2022, il fallait en moyenne vingt-neuf jours pour l'obtenir. Pendant vingt-neuf jours, l'enseignant retourne en classe, croise le parent à la grille et ne sait pas si l'institution est derrière lui.
Le problème tient donc moins aux textes qu'aux délais et à la certitude d'être soutenu. Mon programme y répond de quatre façons.
D'abord, la protection devient automatique. Un enseignant agressé, menacé ou soumis à une pression abusive n'a plus rien à demander : la protection lui est accordée de plein droit et sans délai. L'administration engage la procédure à ses côtés pour qu'il ne la porte pas seul. Le Sénat a adopté ce principe à l'unanimité en mars 2025. Il faut aller au bout et, surtout, l'appliquer. Le supérieur hiérarchique qui ne déclenche pas ce soutien devra en répondre.
Ensuite, la réponse de l'institution devient mesurable. Pour le harcèlement scolaire, je propose un délai maximal entre le signalement et la première mesure de protection, publié académie par académie. La même règle doit valoir quand un enseignant signale une menace, avec un retour obligatoire à celui qui a fait le signalement. Un professeur qui a signalé deux fois sans jamais savoir ce qui a été fait ne signale pas une troisième fois. C'est ce silence administratif qui fabrique le sentiment d'abandon.
Troisième point : les débutants ne sont plus envoyés seuls dans les établissements les plus difficiles. Pendant leurs trois premières années, ils y travaillent en binôme avec un collègue expérimenté. On ne peut pas demander à quelqu'un d'exercer seul une autorité qu'il n'a pas encore eu le temps de construire.
Enfin, le métier doit être payé à sa valeur. Je propose une revalorisation de 15 % des salaires sur les dix premières années de carrière, inscrite au plan de financement. La considération d'un pays pour un métier se lit aussi dans ce qu'il accepte de le payer.
Je ne prétends pas qu'une loi suffira à rétablir le respect, qui ne se décrète pas. L'autorité du professeur existe quand chacun, élève, parent ou collègue, sait que l'institution le soutient et qu'elle le fait vite. Avec ces mesures, ce soutien devient vérifiable, chiffres publiés à l'appui, au lieu d'être seulement proclamé.