L’Europe fait confiance au marché.
Les États-Unis protègent leur marché.
La Chine protège son marché.
L’Europe est le dindon de la farce…
Cahier de doléances · Europe
Problème n° 5918
2 solutions proposées
Votez pour celle qui vous semble la meilleure : une voix par personne, que vous pouvez déplacer.
Pour la Chine, demander ce que la Chine nous a demandé par le passé : pour que la Chine accède à notre marché, elle doit implanter ses usines en Europe, en collaboration avec un acteur local, et faire un transfert de compétences.
Pour le reste : que l’Europe favorise les acteurs européens, avant de se tourner vers le reste du monde.
Le vrai problème de l’Europe n’est ni le marché, ni la Chine, ni les États-Unis : c’est un malentendu vieux de soixante ans.
L’Europe s’est construite sur une ambiguïté que personne n’a jamais voulu dissiper. La France a vu dans l’Europe une stratégie de puissance : un euro solide, un poids économique face au reste du monde, et peut-être un jour une défense commune. L’Allemagne a vu un grand marché pour ses exportations et des institutions à son modèle. La Grande-Bretagne a vu une opportunité commerciale… et elle est partie quand on lui a demandé autre chose. Chacun a signé les mêmes traités en y projetant des fins différentes. L’ambiguïté a fait avancer le projet pendant des décennies, elle est aujourd’hui la cause exacte de sa paralysie.
On le voit à chaque sommet : on ne peut pas décider, parce qu’on n’a jamais convenu de ce qu’on voulait décider ensemble.
Ma proposition : une Europe à cercles, avec pour chaque nation l’obligation d’assumer ses choix.
Le principe existe déjà en germe (euro, Schengen, défense, énergie) mais personne n’est obligé d’y entrer, et surtout personne n’est obligé de dire pourquoi il y entre ou n’y entre pas. Il faut inverser la logique :
1. La monnaie commune reste le socle, le seul élément véritablement non négociable, car une union monétaire ne se fragmente pas sans catastrophe financière et sans ouvrir la porte aux puissances extérieures.
2. Autour de ce socle, des cercles ouverts et assumés auxquels les nations souscrivent : défense, politique industrielle, énergie, espace Schengen, coopération renforcée de tous types. Chaque État entre dans les cercles de son choix, mais avec une transparence radicale : il doit déclarer publiquement ce qu’il apporte, ce qu’il accepte de céder, et ce qu’il refuse. Fin des traités signés à double fond. L’Allemagne dira qu’elle veut un marché et dira aussi ce qu’elle refuse de payer pour lui. La France dira qu’elle veut l’autonomie stratégique et assumera d’en financer sa part.
3. Chaque cercle a ses compromis, et ils sont explicites. On n’entre pas dans le cercle défense sans engagement budgétaire. On n’entre pas dans le cercle industrie sans préférence européenne dans la commande publique. On n’entre pas dans le cercle énergie sans solidarité d’approvisionnement. Celui qui veut les bénéfices sans les compromis reste dehors et l’assume devant ses citoyens.
4. Un moment de refondation : une conférence où chaque nation met ses attentes sur la table. Deux issues possibles, et les deux sont saines. Soit on découvre que les attentes sont conciliables une fois débarrassées de leurs hypocrisies et l’Europe repart sur des bases honnêtes. Soit on découvre qu’elles sont incompatibles et alors la séparation se fera sur un constat clair, pas sur un malentendu accumulé. Dans les deux cas, on remplace le mécanisme du mensonge par omission par un mécanisme de vérité.
Pourquoi ne pas scinder carrément ? Parce qu’une union monétaire qui se fragmente déclenche fuite des capitaux, krach bancaire, et surtout un mandat de libre-service pour Washington, Pékin et Moscou, qui traiteraient chaque sphère comme un protectorat. L’Europe n’est pas trop unie, elle est déjà trop divisée de l’extérieur. La réponse n’est pas de creuser les divisions, mais de forcer chacun à choisir clairement ses alliances internes.
En une phrase : l’Europe ne souffre pas d’un excès d’union mais d’un déficit de sincérité — forçons chaque pays à dire ce qu’il veut, à incorporer des cercles stratégiques et à en assumer les compromis, la monnaie restant la maison commune que personne ne quitte à la légère.
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