Comment ?
Le groupe de niveau est la base de départ, mais pas une fin en soi. C’est dès la rentrée scolaire qu’il doit fonctionner et ne pas attendre la fin du premier trimestre pour le construire à partir des résultats de sixième. C’est donc du travail en amont avec une collaboration étroite avec chaque maître de CM2, même si c’est pour quelques unités d’élèves. À partir de leurs évaluations de CM2, le collège fabrique ses classes hétérogènes pour ensuite constituer les groupes. Sachant que ces groupes ne doivent pas être fermés, il faut pouvoir faire glisser un ou plusieurs élèves d’un groupe à un autre pendant toute l’année scolaire, quel que soit le niveau de départ auquel ils appartiennent. Ceci implique beaucoup de contraintes structurales et pédagogiques.
Trois groupes dans trois disciplines : français-mathématiques-anglais (c’est le démarrage de l’apprentissage linguistique à ne surtout pas louper !), à fonctionner en parallèle, avec le même programme, donc avec trois professeurs différents (un par groupe). C’est une organisation complexe, mais indispensable pour répondre à l’objectif pédagogique.
Ex. : partons de deux classes de sixième à 29 élèves chacune (il faut l’accepter au départ. C’est donc toute la communauté éducative qui est impliquée et pas seulement les professeurs qui enseignent dans les groupes.)
Chaque groupe devant avoir un effectif adapté :
Les « bons élèves » : groupe de 30 élèves, ce qui n’est pas un problème pour eux comme précisé précédemment.
Les « élèves moyens » : groupe de 18 élèves (20 au maximum).
Les « élèves en difficulté » : 10 élèves ici, ce qui permet de cibler les difficultés de chacun et de tenter d’y remédier. C’est un enseignement presque individualisé dans ces groupes. Impossible dans une classe même à effectif moyen comme 25 élèves.
C’est demander beaucoup de travail à chaque enseignant de chaque discipline concernée car cette organisation oblige une concertation permanente entre eux, des bilans réguliers et des transferts d’élèves au regard de leurs progrès ou pas ! C’est une façon de faire équipe.
Tout ce qui précède est la raison pour laquelle j’ai toujours refusé la terminologie de GROUPES DE NIVEAU qui est réductrice, mais celle de GROUPES DE BESOINS, en insistant bien sur le « S » de besoin, ce qui correspond à l’objectif pédagogique recherché dans cette organisation.
Et les moyens ?
Pour ma part je n’ai jamais demandé de moyens supplémentaires, que je n’aurais certainement pas eus, pour mettre en place ces groupes. Oui, ils sont consommateurs d’heures devant élèves, mais lorsqu’on a de la souplesse d’utilisation, ce sont des choix pédagogiques à faire en projet d’établissement. En répondant à la question que tout le monde doit se poser, quelle que soit la structure au sein de laquelle il travaille : « Comment je pourrais faire mieux avec les mêmes moyens ? » et non pas en conditionnant son action aux moyens en a priori. Ce qui ne veut pas dire du tout que les moyens suffisent toujours pour faire mieux ! D’ailleurs, cette mise en place est impossible sans moyens supplémentaires pour les collèges avec des effectifs trop moyens voire petits. Dans mon cas le collège comptait entre 500 et 600 élèves.
Ce n’est pas LA solution, mais une solution dans un cas donné. La leçon qu’il faut retenir est de faire confiance au terrain, de cesser les injonctions du haut qui est déconnecté, nous sommes dans une hiérarchisation beaucoup trop pyramidale et autoritaire avec des objectifs démagogiques comme je l’ai déjà dit. En ce moment ce système éducatif montre ses propres limites, ses gaspillages du fait de l’éloignement du terrain donc des besoins réels. C’est une véritable catastrophe qui s’est mise en place progressivement avec la valse des ministres qui se succèdent sans pouvoir avoir le temps nécessaire pour évaluer, mais qui veulent tous marquer leur passage par une réforme qui n’en est souvent pas une…