Renforcer l’analyse souveraine et la fiabilité du renseignement transmis aux décideurs
Objectif : réduire les angles morts et les délais évitables, conserver les compétences rares et permettre une décision française éclairée, sans promettre de supprimer toute surprise stratégique.
1. Consolider les dispositifs existants
La coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT) existe déjà. Les services disposent de dispositifs de coopération et ont engagé des réformes internes. Il ne s’agit donc ni de créer une nouvelle agence ni de fusionner leurs missions.
Proposer, dès 2027, un programme interministériel de deux ans consacré à la qualité de l’analyse et à sa transmission. Chaque action aurait un responsable, une échéance et une mesure de résultat.
2. Préserver une appréciation nationale indépendante
Faire établir sous six mois une revue protégée des dépendances critiques aux données, logiciels et prestations extérieurs. Pour chaque dépendance retenue, prévoir une solution de continuité, un responsable et un financement identifié.
Distinguer les capacités qui doivent rester maîtrisées nationalement, celles qui peuvent être mutualisées avec des Européens et les apports alliés complémentaires. L’objectif n’est pas de reproduire seuls tous les moyens américains, mais de pouvoir apprécier nos priorités nationales sans dépendre d’un accès révocable.
Organiser deux exercices annuels de continuité de l’analyse, dont un simulant l’indisponibilité d’un apport extérieur important. Les résultats resteraient protégés.
3. Faire apparaître les incertitudes et les désaccords
Généraliser, lorsqu’il n’existe pas déjà, un format commun pour les principales évaluations stratégiques : faits établis, hypothèses, degré de confiance, informations manquantes et analyses divergentes.
Pour les évaluations majeures, prévoir une relecture contradictoire par une équipe distincte de l’équipe rédactrice. En urgence, cette relecture ne bloquerait pas la transmission d’une alerte et pourrait intervenir ensuite.
Conserver une traçabilité des réserves formulées : une appréciation minoritaire ne devrait pas disparaître uniquement pour produire un consensus. Mesurer la qualité du raisonnement et des recoupements, pas la conformité aux attentes politiques.
4. Donner priorité aux compétences et au traitement utile des données
Cibler les recrutements et la fidélisation sur les besoins documentés : analystes, linguistes, spécialistes régionaux et experts des données. Développer les parcours d’expertise permettant de progresser sans devoir abandonner sa spécialité pour devenir manager.
Objectif proposé pour fin 2028 : réduire de 25 % le nombre de postes durablement vacants dans les spécialités prioritaires, à périmètre constant par rapport à 2026. Simplifier les étapes administratives de recrutement sans diminuer les exigences d’habilitation.
Renforcer la vérification des sources ouvertes et expérimenter l’IA pour la traduction, le classement et la recherche documentaire sur des systèmes autorisés. Chaque outil serait évalué sur ses erreurs, sa traçabilité et le temps réellement gagné. Toute appréciation stratégique diffusée resterait validée par un analyste responsable.
5. Améliorer la circulation et mesurer les résultats
Sur des circuits pilotes, mesurer en 2027 le délai entre une information exploitable et sa réception par les destinataires habilités. Viser une réduction de 20 % du délai médian en 2028, sans dégrader la fiabilité ni contourner les restrictions de partage.
Faciliter les échanges autorisés entre services en conservant les protections des sources et les droits d’accès. Après chaque crise majeure retenue pour évaluation, engager sous trois mois un retour d’expérience protégé : informations disponibles, analyses produites, transmission et suites données. Distinguer une défaillance du renseignement d’une décision politique prise malgré une alerte.
Financement, contrôle et responsabilités
Financer d’abord les actions dans les crédits votés, après identification des marges réelles. Pour dimensionner un renfort, une hypothèse de coût employeur annuel de 100 000 à 140 000 euros par poste représente 10 à 14 millions pour 100 postes, hors locaux et équipements. C’est une base de chiffrage à valider, pas un coût officiel ni une demande automatique de 100 recrutements. Tout besoin supplémentaire serait présenté au Parlement avec ses coûts complets.
Le gouvernement fixerait les priorités ; la CNRLT coordonnerait le programme ; les ministres et directeurs de service exécuteraient les actions. La DPR évaluerait la politique publique et la CNCTR conserverait son contrôle légal des techniques. Les collectivités n’auraient ni mission de collecte ni financement obligatoire.
Bénéfices attendus : des alertes mieux étayées, moins de dépendances critiques et une expertise durable au service de décisions souveraines.