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Cahier de doléances · Défense

Problème n° 3334

Une armée ne peut pas durer si son soutien ne suit pas

Disposer de soldats entraînés et d’équipements modernes ne suffit pas : un engagement peut être limité par le manque de transport, de ravitaillement ou de personnels capables de prendre en charge les blessés. La conséquence est directe : des moyens de combat deviennent inutilisables ou doivent réduire leur activité, tandis que les personnels de soutien et de santé s’épuisent.

Le soutien médical présente des tensions documentées. Dans son rapport de novembre 2025 sur le budget 2026, le Sénat relève 109 postes non pourvus en médecine des forces, soit 14 % des effectifs jugés nécessaires, ainsi que des difficultés dans certaines spécialités hospitalières. Ces chiffres décrivent la situation rapportée à cette date, pas nécessairement celle d’aujourd’hui.

Le risque augmente lorsqu’il faut simultanément soutenir un engagement extérieur, poursuivre les missions habituelles et accueillir des blessés sur le territoire national. Un lit sans équipe soignante, un véhicule sans conducteur ou un contrat de transport indisponible au moment nécessaire ne constituent pas une capacité réellement mobilisable. Le recours à des soignants réservistes peut aussi déplacer la pénurie vers leurs établissements civils.

Des renforcements sont déjà engagés. Les données publiques ne permettent cependant pas de mesurer précisément l’écart restant entre les ambitions militaires et les capacités de soutien effectivement disponibles dans la durée. Cette confidentialité est légitime ; elle impose de distinguer les fragilités établies des insuffisances supposées.

Depuis 99 · 9 octobre

1 solution proposée

Solution n° 3335Niveau : État

Garantir un soutien logistique et médical à la hauteur des engagements

Objectif : pouvoir transporter, ravitailler et soigner durablement les forces engagées, tout en préservant les missions essentielles sur le territoire national.

1. Partir des moyens et des programmes existants

La France dispose déjà de services spécialisés, d’un Service de santé des armées (SSA), de partenariats civils et d’exercices interarmées. L’actualisation de la programmation militaire d’août 2026 prévoit notamment de renforcer la logistique et d’accélérer la livraison de 300 camions logistiques de nouvelle génération.

La proposition consiste à vérifier que ces investissements produisent des capacités complètes et à combler les manques résiduels. Les procédures internes existantes seraient utilisées.

2. Financer des capacités complètes, pas seulement des équipements

Pour chaque renforcement important, associer dans une même décision les matériels, les personnels qualifiés, leur formation, l’entretien, les infrastructures et le fonctionnement. Appliquer ce principe aux transports terrestres, aériens et maritimes, au ravitaillement et au soutien médical.

Objectif proposé : dès 2027, 100 % des nouvelles décisions majeures dans ce périmètre comporteraient un coût complet et une date de disponibilité réelle. Les programmes engagés seraient examinés lors de leurs revues habituelles.

Pour les prestations civiles indispensables, vérifier contractuellement la disponibilité en situation de crise et repérer les engagements concurrents pris par un même prestataire. Prévoir des solutions alternatives lorsque la disponibilité n’est pas suffisamment garantie.

3. Réduire les pénuries de personnels indispensables

Fixer, après actualisation des besoins, un objectif de réduction de moitié d’ici fin 2029 du taux de vacance des postes de soutien et de santé identifiés comme prioritaires, par rapport à fin 2026. Il s’agit d’un objectif proposé, non d’un engagement officiel existant.

Agir d’abord sur la fidélisation, les conditions d’exercice, les qualifications et le recrutement de professionnels déjà formés. Pour les soignants, renforcer les parcours conjoints avec les établissements civils et les recrutements contractuels lorsque cela apporte une capacité supplémentaire. Augmenter les places de formation prépare l’avenir, mais ne fournit pas immédiatement des médecins.

Mesurer les personnels réellement disponibles et qualifiés, sans abaisser artificiellement les besoins pour améliorer les statistiques.

4. Organiser la complémentarité avec la santé civile

Compléter les conventions existantes entre les armées, les autorités sanitaires et les établissements par des engagements précis : personnels mobilisables, modalités de remplacement, capacités d’accueil réellement armées en soignants et prise en charge des coûts supplémentaires.

Objectif proposé : d’ici fin 2028, couvrir par ces conventions 100 % des établissements désignés pour un renfort majeur. Un même soignant réserviste ne doit pas être compté simultanément comme disponible dans son hôpital civil et dans une unité militaire.

Les moyens supplémentaires demandés aux établissements civils doivent être financés. Déplacer leurs personnels sans compensation ne crée pas une capacité nationale supplémentaire.

5. Vérifier la capacité à durer et corriger les écarts

Intégrer chaque année aux exercices existants un volet évaluant l’ensemble de la chaîne de soutien, y compris la disponibilité des partenaires civils. Pour chaque insuffisance majeure constatée, arrêter sous trois mois une décision : correction financée, calendrier de rattrapage ou adaptation de l’ambition opérationnelle. Les capacités détaillées resteraient protégées ; un bilan public présenterait les progrès agrégés et les dépenses, sans divulguer les vulnérabilités.

6. Financement et responsabilités

Sous six mois, présenter aux autorités compétentes un chiffrage des besoins restant à couvrir, après déduction des capacités déjà financées. Distinguer investissement initial, coût annuel et recrutements. Les crédits programmés doivent être exécutés ; tout besoin supplémentaire doit faire l’objet d’un arbitrage budgétaire explicite. Les données publiques ne permettent pas de proposer honnêtement aujourd’hui une enveloppe additionnelle précise.

L’État fixe les ambitions et finance ; l’état-major des armées coordonne le soutien ; les services compétents et la DGA mettent en œuvre les mesures relevant de leurs missions. Le SSA et le ministère de la Santé organisent le volet sanitaire avec les ARS et les établissements. Les préfets et collectivités interviennent pour leurs compétences civiles, sans financer à la place de l’État les capacités militaires.

Bénéfices attendus : moins de matériels inutilisables faute de soutien, meilleure continuité des soins, personnels moins sursollicités et engagements militaires fondés sur des capacités effectivement disponibles.

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