Faire de la commande publique un levier de réindustrialisation
L’État ne peut pas déplorer la désindustrialisation tout en continuant à privilégier systématiquement le moins-disant mondial dans ses propres achats.
Je propose d’imposer aux services de l’État une préférence pour les biens produits en France, à défaut en Europe, même lorsque leur prix d’achat est légèrement supérieur.
Car il faut distinguer le prix apparent d’un achat de son coût réel pour la collectivité. Acheter français, c’est potentiellement soutenir des emplois industriels, des compétences, des recettes fiscales et notre indépendance productive. Ces retombées doivent être évaluées, plutôt que de considérer le seul prix figurant sur la facture.
Encore faut-il définir rigoureusement ce que signifie « Made in France ». Nous devons pouvoir certifier la part de valeur réellement créée par l’activité industrielle sur notre territoire, en distinguant conception, fabrication, composants et assemblage, sans la confondre avec les marges commerciales ou les simples opérations logistiques. Importer un produit, effectuer une transformation marginale et lui appliquer une marge de 50 % ne constitue pas une véritable production nationale.
C’est précisément l’un des problèmes de notre modèle économique : pour de nombreux acteurs, il est bien plus rentable et moins risqué de distribuer des biens importés que d’investir dans leur production. Lorsque ces biens sont fabriqués dans des pays bénéficiant de coûts salariaux très inférieurs et d’exigences sociales ou environnementales moins contraignantes, les marges peuvent être confortables tout en maintenant des prix attractifs. La rationalité économique individuelle ne coïncide alors plus nécessairement avec l’intérêt industriel collectif.
Il faut donc réorienter la commande publique vers la production réelle, la création de compétences et la souveraineté industrielle, et faire évoluer le cadre réglementaire européen pour permettre cette préférence.
Nous voulons un pays qui produit des biens, pas un pays qui se contente de faire du PIB en réalisant des marges sur des produits importés.