Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la France avait un vrai problème de souveraineté alimentaire. Nos terres ne suffisaient pas à nourrir la population. Par une vraie politique publique, l'INRA et autres organismes ont été mis en place et il a été demandé aux agriculteurs de se mettre en ordre de bataille et de suivre les recommandations. Méthodes culturales, nouvelles variétés, bourrage de crâne. Le mot d'ordre était : plus vous utiliserez d'engrais et de pesticides, mieux ce sera. Et ils l'ont fait. Finalement, cela a fonctionné. La France a mangé à sa faim, les agriculteurs ont globalement bien vécu (durement sur le plan de la difficulté, mais au moins ils pouvaient se payer de leur travail).
Aujourd'hui, le contexte géopolitique a changé, les charges ont explosé, le changement climatique bouleverse tout le savoir-faire. Et face à ça, on laisse les agriculteurs se débrouiller. Voire on les humilie : un de mes amis, qui ne savait quelle culture implanter, a demandé conseil à son conseiller de la chambre d'agriculture. Celui-ci lui a proposé de semer de la coriandre qui bénéficiait de subventions de l'Europe. Il s'exécute, réussit magnifiquement la culture. Mais au moment de la récolte, il demande au conseiller quel était le débouché. Il s'est entendu répondre qu'il n'y en avait pas, qu'il n'avait qu'à broyer le champ. C'est un peu comme si on commande un meuble à un menuisier et, une fois celui-ci réalisé, on le paye et on lui demande de le brûler. Comment conserver sa dignité et l'amour du métier après cela ?
Donc, plus de pilote dans l'avion au niveau de l'État. En parallèle, on leur reproche de polluer, ce qui est vrai, mais qui n'est ni plus ni moins que le mot d'ordre qu'on leur a imposé il y a maintenant 70 ans et qu'on n'est jamais venu réellement contredire. Et en tout cas, quelles solutions leur apporte-t-on ? Quelle garantie si leur culture échoue ? Mettons en place les outils, l'horizon, les garanties pour que ces gens puissent retrouver leur dignité.